UN MONUMENT ? POUR QUOI FAIRE ?

lundi 20 février 2012.
 

Un Monument ? Pour Quoi Faire ?

Les républicains des années 1880-1910 avaient fait de Dolet une figure emblématique de la lutte anticléricale, combat toujours d’actualité contre l’ingérence des religions dans les affaires publiques ; la statue de la place Maubert rendait également hommage au martyr de la liberté de pensée. A juste titre. Qu’en est-il aujourd’hui ? On débat encore dans les publications savantes sur ses opinions philosophiques, pas sur le rôle de pionnier dans la défense de la liberté de pensée et la liberté d’expression de cet humaniste qui s’était voulu éditeur-imprimeur-libraire indépendant .

Il avait compris, dès son second « Discours » en janvier 1534 - il n’était qu’un étudiant de moins de 25 ans - où conduisaient les persécutions à l’encontre des hérétiques : « Utilisant ce prétexte (de la défense de l’orthodoxie religieuse) pour laisser libre cours à leur haine infinie des savants [...]les furies toulousaines ne se sont-elles pas alors consacrées à la destruction de ceux qui sont illustres par l’excellence de leur savoir et de leur caractère ? » (p. 37 - les références de cet article se rapportent au livre de Marcel Picquier).

Il devait préciser sa pensée dans ses « Commentaires sur la langue latine » publiés en 1536. Il nuançait son éloge enthousiaste de la Renaissance avec ces mots : « Il ne nous manque rien sinon l’antique liberté de penser ». (p. 50/52)

En dépit de serments obligés pour obtenir et conserver son précieux « Privilège d’imprimer », octroyé en 1538, en dépit des arrestations, d’éditions entières livrées au feu, il ne soumettra jamais à la censure les livres qui sortent de ses presses, comme le lui reprochera la lettre de rémission de François Ier de juin 1543 : « Aussi aurait été repris et argué d’avoir contrevenu au privilège qui lui avait été baillé d’imprimer tous livres, car, combien qu’il fût expressément dit par celui-ci que premièrement il les montrerait et communiquerait aux prévôts de Paris et Sénéchal de Lyon ou à leurs lieutenants, toutefois il ne leur en avait toujours voulu bailler la communication ». ( p. 67)

Liberté de pensée, liberté d’expression les deux faces de la même médaille

En 1542, alors que l’Inquisiteur général Mathieu Ory, est sur le point de le faire jeter en prison et condamner à mort, il aura l’audace, dans une préface à une œuvre interdite d’Erasme, de dire tout son mépris aux théologiens et censeurs de l’Eglise, traités d’hommes « vicieux ». Et il n’hésitera pas, la même année, à donner des œuvres de Marot et de Rabelais des éditions non expurgées et condamnées. Il s’en expliquera dans sa préface à l’édition de « L’Enfer » de Marot, en défendant la liberté de création : « Tel effort d’esprit doit être libre, sans aucun égard, si gens mal pensants veulent calomnier ou réprimer ce qui ne leur appartient en rien. Car si un auteur a ce tintoin en la tête que tel ou tel point de son ouvrage sera interprété ainsi ou ainsi par les calomniateurs de ce Monde, jamais il ne composera rien qui vaille[...]. Car si tu composes à l’opinion d’autrui, tu te trouveras froid comme glace ; et mieux vaudrait te reposer ». ( p. 159/160)

Cet admirable manifeste que Dolet payera cher ne reste-t-il pas d’actualité ? Aujourd’hui comme hier, la liberté de pensée est insupportable aux puissants qui cherchent à l’étouffer et à la priver de tout moyen d’expression.

En 1529, François Ier s’était laissé persuader d’interdire l’imprimerie par un décret qui, heureusement, ne fut jamais appliqué. Au temps de Dolet, le bourreau arrachait la langue des hérétiques condamnés pour qu’ils ne puissent s’adresser au peuple au moment de mourir. Dolet fut brûlé avec ses livres. Un pape allait bientôt inventer l’Index.

Comme instrument d’une dictature politique alliée parfois au fanatisme religieux, la censure officielle interdit, emprisonne, assassine, dans bien des pays du monde. Dans le nôtre, elle n’a plus d’existence légale mais, pour la défense de leurs intérêts, les hommes de pouvoir, ont les moyens d’agir sournoisement, par la confiscation de la liberté d’expression afin de réduire la liberté de pensée à l’impuissance. Pas de liberté de pensée sans liberté d’expression. (cf note ).

Un Hommage à Dolet, dressé contre les censeurs et victime de la violence politique, sera en même temps un monument de Défense de la liberté d’expression !


Monument Dolet

Quelles dispositions avons-nous à prendre ?

-  Constituer une association ad hoc indépendante, à la manière de nos anciens, qui, en 1903, ci-joint à gauche, avaient constitué le Comité Exécutif du Monument Etienne Dolet.

-  Cette association ou comité exécutif du monument lancera auprès des artistes un appel à projet définissant précisément la portée de notre démarche, appellera à constituer un Comité d’Honneur et de Soutien, fera les démarches, sollicitera les subventions, notamment auprès des autorités municipales, ouvrira une souscription nationale. Il disposera comme il se doit d’une trésorerie indépendante.

-  Bientôt un courrier détaillé - expédié avec les timbres Dolet en réserve - sur les premières réalisations.

Le buste ci-contre est le premier et le seul projet qui nous ait été proposé par les quelques artistes déjà contactés, autour de nous. Il est dû à M. Cyril de la Patellière à qui La Poste avait confié le soin d’inventer le timbre Dolet. Nous remercions cet artiste qui nous a reçus très aimablement dans son atelier où nous avons pris des photos. Ce buste sera présenté, en temps voulu, au jury à constituer avec les autres projets.


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