Autour du Colloque ETIENNE DOLET

mardi 11 mai 2010.
 

AUTOUR DU COLLOQUE

Le colloque des 26 et 27 novembre 2009 a été un incontestable succès. Son organisatrice, Mme Michèle CLEMENT, professeur de littérature française, Lyon 2, - ici à l’ouverture du colloque - peut légitimement en être fière.

Les actes, contenant le texte intégral des 19 communications et quelques annexes devraient être disponibles dans l’année. Il n’est certes pas question d’en parler sérieusement sans disposer de leur intégralité.

Parmi les annexes à venir, on pourra trouver le résultat des recherches sur ce qu’a pu devenir le matériel typographique ayant appartenu à Etienne Dolet, vendu et dispersé après sa condamnation. On sait déjà que plusieurs imprimeurs comme Guillaume Rouillé en 1549 ont utilisé certaines lettrines de Dolet ; on en retrouve la trace jusqu’en 1591.

Ces recherches - auxquelles notre ami Jean-Claude Dolet a eu le plaisir d’ajouter une trouvaille - sont conduites par Gérard MORISSE, participant au Colloque, (Bibliophile de Guyenne), qui a mené des recherches dans beaucoup de bibliothèques et qui est parvenu à ajouter bon nombre de nouveaux exemplaires aux listes établies par Longeon et Gültlingen, sans compter un certain nombre de nouvelles éditions non répertoriées jusqu’à ce jour. Une communication sur le paludisme dont a souffert Dolet va être soumise au comité scientifique du Colloque.


EXPOSITION à la BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE de LYON

Sur cette photo, M. Yves Jocteur MONTROZIER, conservateur en chef au Fonds ancien de la BM de Lyon, avec les conser-vateurs-stagiaires des bi-bliothèques qui ont par-ticipé à la préparation de l’exposition et qui l’ont présentée.

Il s’est agi de 81 pièces dont beaucoup précieuses qu’on peut retrouver sur le site de la BM de Lyon ; parmi lesquelles, le contrat financier passé devant le notaire François Cottereau entre Dolet et Hallouin, en 1541, pour l’achat de ses presses, l’esquisse du monument Dolet (1946) de Robert Couturier qui devait remplacer la statue de la place Maubert et qui n’a pas été réalisé, ou le célèbre exemplaire des « Epîtres familiaires » de Cicéron ( 1542) dont nous empruntons l’image et son commentaire à la BM. 

Anticipant le destin malheureux d’autres grandes figures de l’humanisme européen, tels Michel Servet ou Giordano Bruno, Etienne Dolet aura aussi connu la torture et le feu. En même temps que l’homme, ce sont ses écrits qui furent condamnés par l’Inquisition et qui périrent, pour certains, au bûcher.

Conservé aujourd’hui à la Bibliothèque municipale de Lyon, un exemplaire des Epîtres familiaires de Cicéron, sauvé des flammes, aurait pu connaître un tel sort. » Les photos numériques (Gallica) des premières pages, à demi brûlées, de cet ouvrage ont servi à réaliser la couverture du livre de Marcel Picquier.


RECEPTION à l’HÔTEL de VILLE DE LYON

Les participants ont été reçus, dans les meilleures conditions, à l’Hôtel de Ville, le 26 novembre en soirée, avec les Amis d’Etienne Dolet, par M. Jean-Yves SECHERESSE, président du groupe socialiste du Conseil municipal et vice-président de la Communauté urbaine, représentant Gérard Collomb et son adjoint à la Culture malencontreusement empêchés.

Marcel Picquier remercie la mairie et annonce que l’association entend bien poursuivre le projet d’Edouard Herriot, d’élever, dans la ville, et pourquoi pas place Jean-Macé comme il était prévu en 1915, un monument commémoratif en l’honneur d’Etienne Dolet et de la liberté de pensée. En temps voulu, la mairie sera sollicitée. Herriot n’avait-il pas fait voter en 1913 une subvention de 10000F/or ?


Après M. Olivier CHRISTIN , président de l’Université Lyon2, qui s’est félicité de la tenue du colloque et des bonnes relations entretenues par l’Université avec la mairie, Monsieur Jean-Yves SECHERESSE a rappelé l’engagement de la Ville dans le domaine de la Culture (B.M., Musée de l’Imprimerie, Universités etc.) et son soutien à l’émission du timbre Dolet et à la sortie du timbre « premier jour », dans l’atrium de l’Hôtel de Ville le 4 juillet 2009. Il a terminé son allocution par ces mots :
-  « C’est à travers ces deux points fondamentaux , la liberté de pensée et la diffusion du savoir que s’est construit un courant humaniste dans notre Ville [...] Dolet est une de ces personnalités qui ont fait la renommée et l’histoire de la capitale de l’imprimerie que fut notre Ville à la Renaissance. C’est aussi un symbole, une victime de l’intolérance religieuse et de la répression. Il cherchait l’immortalité dans la mémoire des hommes. Maintenons sa mémoire vivante. Je vous remercie d’agir en ce sens. »


La musique de « RES FACTA » de Lyon2

Nous avons eu le plaisir, le soir du 27 novembre, avant la visite de l’exposition Dolet, d’écouter un concert de l’Ensemble RES FACTA.

« Notre groupe, nous écrit son fondateur, le professeur Jean DUCHAMP de Lyon2, se nomme Res facta, pour" la chose faite", donc composée, terme utilisé à l’époque en opposition au cantus grégorien usuel. Toutes ces pièces étaient extraites de l’anthologie de Jacques Moderne Le Parangon des chansons (Lyon, 1538-1543). » On remarquera que les dates correspondent tout à fait à la présence active de Dolet à Lyon. Il aurait pu les écouter à leur création !

Arrêtons-nous sur cet instant qui a été un événement inattendu et bienvenu de ce 500ème anniversaire de la naissance de l’humaniste : sous le titre évocateur « Le douloir de musique », les musiciens et chanteurs de RES FACTA nous ont fait entendre des « Chansons éditées à Lyon autour d’Etienne Dolet ».

C’est l’occasion de donner la parole à Dolet, passionné de musique : « La musique et l’harmonie sont mes seuls plaisirs. Quoi de mieux fait pour émouvoir et adoucir l’âme, pour apaiser ou calmer ou même inspirer la colère ? Quoi de plus efficace pour rafraîchir l’esprit fatigué des hommes de lettres ? Peu m’importe les délices de la table, du vin, du jeu, de l’amour, - j’en use en tout cas avec une grande modération. Mais il n’en est pas ainsi de la musique, qui est le seul des plaisirs qui me captive, me charme et me repose. A la musique je dois ma vie et tout le succès de mes efforts littéraires. Il est certain que je n’aurais jamais pu supporter les travaux incessants, immenses, infinis, que représente la compilation de cet ouvrage, si le pouvoir de la musique ne m’avait délassé, s’il ne m’avait aidé à faire de nouvelles tentatives et à oublier la fatigue qui m’a obligé à abandonner pour un temps mes Commentaires ». (Biographie d’ Etienne Dolet par Richard Copley Christie, p. 282)

Il est fort probable que la grosse « fatigue » dont il parle ici ait été liée à ses crises de paludisme qui pouvaient l’amener à « désespérer de la vie », d’après sa correspondance à son ami Boyssoné. Il était donc pertinent de prendre pour titre le « douloir », la souffrance, de Dolet. Voici deux des poèmes chantés par ARS FACTA. Le premier - de Forestier - a un accent assez leste que n’aurait pas désavoué le Dolet des œuvres licencieuses et même obscènes des « Carmina » dont nous a entretenu M. Philip FORD au cours du Colloque, encore moins le Dolet ennemi des moines. Le second - de P. de Villiers - est plus éloigné de l’humaniste qui n’entendait défendre que la langue « française », puisqu’il est écrit en « franco-provençal » qui était la langue populaire dans toute la région et qu’on retrouve encore dans certains patois villageois.

I « Frère Bidault fist par son art Et si bien fist par sa prière Que bien joua de son billart Dessus le cul de la bergière Elle ne fust pas trop fière Bien se laissa mettre dessoubz Luy serra fort la cropière Afin qu’elle trotta plus doulx ».

II « Lo meyssony sur le sey se retire Quand il a prou tout lo jour meissona Mes vostre amour vers sey me tire Que ne vous puis james abandona Veiquia lo guet que j’oyo marmona J’é paour qu’ici ne me vienne cherchi Bon sey meilleur qu’a mey vous sey donna Cuchi m’en ves mes maulgra mey cuchi ».


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