Bulletin n°11

vendredi 11 avril 2008.
 


-  Il faut relancer la campagne du timbre DOLET 2009
-  "De l’obcurantisme à la lumière (www.toulouse.fr)
-  Qui était Jacques GRUET mis à mort par CALVIN ?
-  Infos : Le Colloque DOLET - Contacts avec BM Lyon, Archives Municipales, Musée de l’Imprimerie, Musée CADAGNE - Au sujet de la réédition du livre : "Etienne DOLET, imprimeur-humaniste lyonnais mort sur le bûcher"
-  Pensée antique et irréligion moderne à la Renaissance, Etienne DOLET et la Laïcisation de la Littérature par Didier FOUCAULT


Il faut relancer la campagne du timbre DOLET 2009

Ce numéro 11 de notre bulletin a beaucoup tardé. Pourquoi ?

Après le « Banquet des Humanistes » du 3 mars 2007 (cf p.3), qui avait été un beau succès, nous attendions pour en faire un compte-rendu d’avoir une réponse à notre demande d’émission d’un timbre DOLET en 2009. Mais les choses ont traîné. Juin, septembre, décembre ont passé. C’est seulement début mars que la réponse est arrivée : notre dossier a été écarté. Nous nous serions résignés, sans discuter des choix de la Commission philatélique de la Poste, si nous n’avions pas découvert en consultant le décret ministériel que le nom de Jean Calvin avait, lui, été retenu. Nous n’avons évidemment aucune objection à l’édition d’un timbre Calvin. Mais nous estimons qu’il n’est pas acceptable que Calvin, un Réformateur, certes, mais aussi un persécuteur, soit honoré pour le 500ème anniversaire de sa naissance - il est né lui aussi en 1509 - et pas Dolet, l’esprit libre, l’humaniste persécuté et brûlé sur le bûcher. Nous avons décidé de relancer la campagne, de renouveler notre demande ; nous publions dans ce bulletin la lettre que nous envoyons à la Commission philatélique ainsi que celle qui va parvenir aux très nombreux élus, universitaires et présidents d’institutions culturelles et d’associations démocratiques qui avaient appuyé le projet. Nous demandons à tous, nous demandons aux amis d’Etienne Dolet, aux républicains attachés au principe de laïcité de nous soutenir, ne serait-ce qu’en nous renvoyant, munie de leur paraphe, la lettre destinée à la Commission (publiée dans notre bulletin). Petite affaire que le refus du timbre Dolet ? Pas pour nous. Dolet a été un des tout premiers défenseurs et martyrs de la liberté de pensée. Nous portons à la connaissance de nos amis et lecteurs l’hommage rendu à Toulouse par la Mairie à Vanini, Dolet, Servet et Bruno, en présence de Marc Blondel, président de la Libre Pensée (photo ci-dessus et page 2). C’est cette voie que nous suivons. Marcel Picquier - le 27 mars 2008


"De l’obcurantisme à la lumière" (www.toulouse.fr)

« Le 8 février dernier, soit 389 années après sa condamnation et son exécution (le 9 février 1619), la Ville de Toulouse a salué la mémoire du grand philosophe et naturaliste italien, Vanini. En présence de Pierre Gueguen, président de la Fédération de Haute-Garonne de la Libre Pensée et de Marc Blondel, président de la Fédération nationale, le maire de Toulouse a dévoilé une plaque rendant hommage à quatre penseurs précurseurs des Lumières victimes de l’obscurantisme. Vanini, dont Didier Foucault professeur agrégé, docteur en histoire et enseignant à l’Université du Mirail a rappelé qu’il avait accueilli sa condamnation d’un « Allons allègrement mourir en philosophe ! ». La plaque rend hommage également à Etienne Dolet, Michel Servet et Giordano Bruno, tous ayant étudié ou enseigné à Toulouse avant de connaître le même sort que Vanini, c’est à dire le bûcher. Quatre victimes d’une époque noire, marquée par le sectarisme et l’intolérance. Aujourd’hui, Toulouse très attachée à la laïcité témoigne, à travers cette plaque commémorative, de l’importance des libres penseurs dans la conquête de la liberté et dans leur rôle d’éclaireurs de la science. »


Qui était Jacques GRUET mis à mort par CALVIN ?

C’est notamment dans ces travaux d’Henri Busson et François Berriot (cf note) qu’on découvre la force souterraine du courant libertin du XVIème s, courant de libertinage intellectuel et/ou amoureux, avec des personnalités comme celle de Jacques Gruet décapité sur l’ordre de Calvin à Genève en 1547, un an après Dolet à Paris. Jacques Gruet avait avoué, à deux reprises, qu’il avait rencontré trois fois Dolet entre Saône et Rhône : d’après le procès -verbal de l’interrogatoire subi sous la torture, Gruet décrit Dolet comme un individu de « meschante vie »... « plain de meschanceté » et « malvayse doctrine » « qui n’avoyt point de Dieu et estoit homme sans foy ». On ne peut savoir si ces accusations lui avaient été suggérées par ses bourreaux - Calvin tenait Dolet pour le diable ; ou si Gruet tentait de s’innocenter en rejetant la responsabilité des crimes contre la religion dont on l’accusait sur l’imprimeur lyonnais, déjà mort sur le bûcher. Jacques Gruet, était un bourgeois genevois, instruit, secrétaire d’un homme d’affaires. Il ne jouissait pas de la meilleure réputation auprès des ministres protestants parce qu’il aimait la vie, les bons repas, le bal - il avait été condamné à 3 jours de prison pour avoir participé à un bal - et la fréquentation des femmes qu’il revendiquait. Il est accusé d’avoir déposé sur la chaire d’un temple un placard insultant les ministres du culte. Arrêté le 30 juin 1547, il le nie, se déclarant du « parti de Sainct Evangile ». Mais on a trouvé à son domicile un libelle impie. Mis à la torture à trois reprises, les 9, 12 et 13 juillet, il avoue tout ce qu’on veut et implore qu’on le fasse mourir pour en finir avec les souffrances qui lui sont infligées. Il est condamné et a la tête tranchée le 26 juillet 1547 « pour avoir grandement offensé et blasphémé Dieu ... ». L’affaire va rebondir. Au cours de travaux effectués sur la toiture de son ancienne demeure, on découvre en novembre 1549 un cahier de « treize feuillets ... pleins de ... détestables blasphèmes contre la puissance, honneur et essence de Dieu ». Gruet se moque des Saintes Ecritures, des patriarches, des prophètes, de la Vierge et des apôtres s’amusant à leur donner des noms de dérision. Moïse, le « cornu », est un imposteur ... Il n’y a ni paradis, ni enfer, tout meurt dans l’homme avec le corps mais le monde lui-même est éternel.

Gruet était manifestement en relation avec la pensée padouane. Comme Dolet ou Des Périers avant lui, on le soupçonnera d’avoir rédigé le « Traité des Trois Imposteurs » - Moïse, Jésus et Mahomet - dont on parle partout sans le trouver nulle part.

Note : Un grand silence a étouffé les thèses de Henri Busson : « Rationalisme dans la littérature française de la Renaissance » (1922) et de François Berriot « Athéismes et athéistes au XVI°S en France » (1984). Cet ouvrage, écrit Jean-Pierre Cavaillé de l’Université Le Mirail de Toulouse , « a souffert d’une espèce d’ostracisme assez révélateur dans l’université française et en tout cas suffisant au dire de l’auteur pour le décourager de persévérer dans les études seiziémistes ».


INFORMATIONS

Le colloque Dolet :

sa date est fixée, il se tiendra les 25 et 26 novembre 2007 à Lyon sous la responsabilité de Madame Michèle CLEMENT, professeure de littérature du XVIème siècle, Lyon2 , directrice du GRAC ( Groupe Renaissance et Age Classique). Parmi les premiers universitaires ayant donné leur accord pour participer au colloque, nous sommes heureux de trouver, entre autres, Catherine LANGLOIS-PEZERET, auteure de la thèse « Etienne Dolet , Les Carmina ou La couronne d’Hercule » dont nous avons déjà parlé, Didier FOUCAULT, professeur de l’Université Toulouse Le Mirail, auteur d’une thèse sur Vanini et qui vient de publier « Histoire du Libertinage des Goliards au marquis de Sade » ( chez Perrin), Laurent CALVIE, Docteur ès Lettres, auteur d’une édition savante du « Cymbalum Mundi » de Bonaventure des Périers ( chez Anarcharsis). Notre ami Claude BOCQUET retardé pour donner son accord par une lourde opération pour laquelle nous lui souhaitons un prompt rétablissement. a fait savoir qu’il interviendra sur le sujet « Etienne Dolet , vivre pour la traduction, mourir pour une traduction ».


CONTACTS

Contact est pris ou va l’être avec la Bibliothèque Municipale de Lyon, Les Archives Municipales, le Musée de l’imprimerie, le Musée Gadagne pour étudier la participation de ces institutions à la commémoration de la naissance de Dolet . Il est encore trop tôt pour en parler.


LIVRE : Etienne Dolet, imprimeur-humaniste Lyonnais mort sur le bûcher

Une réédition de notre « Etienne Dolet, imprimeur-humaniste Lyonnais mort sur le bûcher » a été réclamée. Il ne pourrait s’agir que d’une édition nouvelle, corrigée, revue, augmentée de cent ou deux cents pages d’études sur « Dolet et le religion, l’évangélisme et l’incroyance », « L’influence de la fièvre quarte (paludisme) dans l’existence de Dolet », « Dolet dans la querelle des femmes », « Dolet, ses amis, ses ennemis », « Dolet et le Cymbalum Mundi de des Périers » etc. Il faudrait également cinquante ou cent pages d’extraits des œuvres de Dolet, à peu près inaccessibles aujourd’hui ...Une telle édition paraît difficilement réalisable dans la situation actuelle du marché de la librairie.

En attendant mieux, nous allons mettre en plus des bulletins plusieurs articles en ligne sur le site amis-etienne-dolet.com . Consultez-le.


CARTES D’ADHESION 2008

Les cartes d’adhésion sont prêtes. Soyez fidèles. L’expédition des courriers, la campagne du timbre coûtent cher tout comme l’impression et l’expédition des bulletins. Le prix n’a pas changé : 8 euros. CCP LYON 13 041 40 S, chez M. Picquier 7 avenue Berthelot 69007 LYON


Une vue du « Banquet des Humaniste » - 3 mars 2007 Pierre Roy prononce une allocution au nom de la Fédération Nationale de la Libre Pensée. On distingue Patrick Béghain, adjoint à la Culture de la municipalité, Marcel Picquier. A la gauche de l’orateur, on devine le professeur Antony McKenna qui nous fera quelques semaines plus tard une conférence sur Molière et le comédien Philippe Morier-Genoud qui vient de lire une page des Discours de Dolet contre les superstitions et le fanatisme.


Pensée antique et irréligion moderne à la Renaissance Etienne Dolet et la laïcisation de la littérature

De l’élite cosmopolite de la république des lettres, émergent, dès le XVIème siècle, des noms. Mieux : des « destins » [...] qui ont quitté au péril de leur vie, les rivages rassurants du christianisme. [...]

Etienne Dolet est un des plus illustres d’entre eux.

Comme lui, au XVIème siècle, de nombreux étudiants français ont pris le chemin de l’université de Padoue. A tel point que dans les années 1530, ils dominent l’intelligentsia du royaume et occupent des places éminentes dans l’administration royale, la justice, l’Eglise ou l’Université. Tous n’ont donc pas mal tourné (si l’on peut dire [...]

Dolet, lui, ira plus loin encore. Avant de partir à Padoue, il eszt l’élève de Nicolas Bérauld, le traducteur de Lucrèce, de Pline et de Lucien, auteurs qu’il continue à étudier en Italie. Il se prend surtout d’une passion dévorante pour Cicéron, dont il sera l’ardent propagandiste durant toute sa brève existence. Poursuivant ses études à Toulouse, il en est chassé en 1534, après avoir vigoureusement dénoncé le fanatisme des autorités de la ville contre les réformés et la superstition de ses habitants. Il s’installe à Lyon capitale de l’imprimerie française et se lance dans l’édition. [...] Dolet est un de ces monuments de l’humanisme qui se lancèrent à corps perdu dans l’étude des anciens. Sa cause, c’est la langue de Cicéron. Il en rejette jusqu’aux mots qui, par la suite, ont corrompu la merveilleuse perfection du latin classique.

Affaire de peu de conséquence. Si les implications n’étaient que philologiques, sans aucun doute, mais ce vocabulaire superfétatoire, que Dolet bannit de sa bouche et de sa plume, est en grande partie celui que le christianisme a forgé en faisant du latin la langue de l’Eglise. « Voilà du beau latin ! Voilà du pur latin ! Comme si jamais Latin avait eu sur ses lèvres un nom pareil : « Christus » ! » se gausse-t-il, lorsque le poète Jean Visagier lui soumit des vers où ce gros mot figurait. Visagier, piqué au vif - en tant que chrétien ? en tant qu’auteur ?- le lui reprochera plus tard en termes véhéments : « Ricane, singe de Lucien, tu ne m’amèneras pas à tes doctrines ! Nier l’existence du ciel, d’un Dieu qui voulut que son fils mourût pour le salut des hommes, nier la faute d’Adam qui a livré le genre humain à l’âpre dent de la mort, nier le jugement suprême et les peines infernales : folie ! »

Visagier a bien perçu qu’au-delà de ce purisme linguistique, qui pousse Dolet à « laïciser la langue de l’Eglise » comme Sadolet songeait également à le faire, il y a une intention profondément impie : « laïciser la littérature », rien de moins. En fait, Dolet est devenu précocement un « achriste ». Dans son oeuvre, il s’abstient non seulement d’employer le mot Christ, mais encore d’évoquer la divinité de Jésus et plus généralement de s’intéresser aux dogmes chrétiens. » [...]

Extrait de l’ouvrage de Didier Foucault « Histoire du Libertinage des Goliards au Marquis de Sade » ( Perrin, éditeur).


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